dimanche 17 août 2014

Viktor Lazlo, La Martinique et Nord Plage (2) l'exposition

L'exposition "Nord-Plage" est a découvrir, jusqu'en janvier 2015, à la distillerie Sainte-Etienne, au Gros-Morne en Martinique


Chronique d'une mort annoncée. Celle de Nord Plage un quartier coincé entre la falaise et l'Atlantique à Macouba au nord de la Martinique. Un lieu hors du temps, à redécouvrir sous le regard photographique de Jean-Luc de Laguarigue tout au long de ces 12 dernières années.
Exposition ouverte au public aux Foudres HSE du lundi au vendredi de 9h30 à 12h30 et de 13h à 16h. 


Les Foudres HSE, Habitation Saint-Etienne, Gros-Morne, Martinique 


A l'occasion de cette exposition, retrouvez le témoignage filmé de ce quartier :  le film Nord Plage avec Viktor Lazlo en premier rôle



video

bande annonce originale




"Toutes les images du monde sont venues là. Non pas échouées, mais recomposées à la manière de ces morceaux de bouteilles polis par la mer. Ainsi, par son brassage intempestif d’images, Nord-Plage répond véritablement à nos appétits esthétiques. Le talent de José Hayot est en effet généreusement à l’œuvre dans ce film offert comme une interprétation créole des fruits de la modernité audio-visuelle.

Nord-Plage, c’est aussi l’histoire d’un lieu (Macouba, dans le nord de la Martinique, au détour des années 60) et non point celle d’un humanisme abstrait et désincarné. L’épreuve du lieu, c’est à cette condition que nous habitons éperdument ce qui nous relie à notre entour : les rolles de l’habitation ou de l’usine centrale, un certain général de Gaulle parlant haut sur la place de la savane, les premiers pas d’un homme sur la lune dans la fée Télévision, le rêve de Martin Luther King, la force de Mohamed Ali, les dessins d’enfants sans maisons à cheminées, et le grand sac de la mer obstinée. Cela se traduit dans ce cinéma en des vertiges de travelings ou des découpages en abîmes. Et puis cette application pour les détails (puisqu’il faut aller au plus profond) dans les costumes, les objets ou les décors à l’échelle. Voyez comme ces images nous sont contées!



La distribution est tout à l’honneur des habitants de Nord-plage. Ils y tiennent un rôle capital. Joby Bernabé, Jean-Claude Duverger ou Lucette Salibur ont renouvelé pour l’occasion leur jeu d’acteur. Pascal Légitimus, lui, a su incarner le personnage du maire au-delà des clichés; il joue sobrement la comédie. Cependant que Linton Kwesi Johnson et Édouard Glissant, en répondeurs de cette histoire, baillent la voix à leur manière. Viktor Lazlo, dans le rôle de la belle Osélia, arrive à Nord-Plage accompagnée de son petit garçon Jacquot (interprété par Rafaël Baudot-Montezume) le jour de l’enterrement de sa mère avec qui elle voulait renouer. Et aussi avec le pays-Martinique. Ceci en un temps où il est question de déloger les habitants de Nord-Plage afin de les recaser dans des hachélaimes, des calloges inhumaines en vérité. Face à cette menace le village va-il dépérir sur lui-même? Une solidarité s’organise avec (et c’est merveille aussi!) des brins d’amours, des machins fragiles comme ont sait.

Un cinéma sans majors – ou une pêche sans hameçon – est-ce que cela peut se concevoir? 


En tout cas l’écriture de Patrick Chamoiseau se confronte aux embruns d’une nouvelle vague. 

Car José Hayot a fait montre d’un travail d’avant-garde. Au point où nul ne sait plus qui illustre qui. C’est que le temps de l’illustration est dépassé. Un scénario, un paysage, une traduction japonaise sont des partitions ouvertes, un delta. C’est donc ça : le réalisateur agit en chef d’orchestre! Dans ce film, José Hayot a su exalter une poésie des images plutôt que d’être joué par elles. D’humeur imprévisible, mais pièce pas ineffable, tel est le cinéma de la mer. La voix des conteurs y trouve donc son relais dans cet art total où s’entremêle le théâtre conté, les répliques Grand siècle, la gestique Antillaise, voire la crudité désespérée et la tendresse des langues et cultures créoles où l’on voudrait bien se noyer.

Dans Nord-Plage on retrouve itou les obsessions sur l’habiter créole chères à l’auteur de Texaco. 




Ce guerrier de l’imaginaire nous invite à bâtir la part de rêve essentielle à l’assise d’une communauté. Un rêve introduit ici par le truchement d’un manège, un chouval-bois à la construction duquel même le déparleur de cette histoire à son mot à dire. Ce projet-là ne relève ni de l’imposture de la langue de bois ni des sciences économiques, planificatrices d’après-elles.

 
Au vrai, Nord-Plage nous parle un langage diversel. À nous de ne pas rester “sages comme des images”, dominés ou consumés. À ce “nous” d’oser aller à contre courant, à prendre de la vitesse, du mouvement. À nous de marronner là où finit la terre plutôt que de devenir de stériles ingénieurs de modes d’emplois. En final de conte, sommes-nous heureux? La question reste entière en bordure de mer, dans ce générique où nous rejoignons nos images" - Manuel Norvat



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